L’ornithorynque semble brouiller les catégories : il a de la fourrure, produit du lait, possède un bec, et pourtant il pond des œufs. Cette apparente contradiction raconte moins une anomalie qu’une histoire évolutive ancienne, où certains caractères ont été conservés pendant que d’autres lignées de mammifères évoluaient vers la viviparité.
Un mammifère, vraiment ?
Pour répondre à cette question, il faut comprendre ce qu’est un mammifère, et pourquoi l’ornithorynque en est un. Les mammifères partagent un ensemble de caractères hérités de leur ancêtre commun : ils possèdent notamment une fourrure, des glandes mammaires qui permettent de produire du lait et trois os dans l’oreille moyenne. L’ornithorynque possède également ces caractères.
L’ornithorynque est un mammifère actuel appartenant aux monotrèmes.
Crédit photo : The New York Public Library
La ponte, un héritage ancien
Reste alors la vraie question : pourquoi l’ornithorynque pond-il des œufs, alors que la plupart des mammifères donnent naissance à des petits vivants ? Les mammifères sont des amniotes : un groupe de vertébrés dont l’embryon se développe dans une enveloppe protectrice. On distingue généralement deux grandes lignées d’amniotes :
- les sauropsides, auxquels appartiennent les reptiles et les oiseaux ;
- les synapsides, auxquels appartiennent les mammifères.
La ponte des œufs est antérieure à l’apparition des mammifères. Elle existait chez de lointains ancêtres amniotes. Les premiers mammaliaformes apparaissent au Trias, il y a plus de 200 millions d’années. Ils appartiennent à une histoire évolutive dans laquelle la ponte était encore le mode de reproduction ancestral.
Au cours de l’évolution, la lignée des mammifères a commencé à gagner les caractères mammaliens (fourrure, glandes mammaires, transformation de la mâchoire et apparition des os de l’oreille moyenne). Ces caractères ont été acquis progressivement dans la lignée de synapsides.
Les mammifères d’aujourd’hui
Chez les mammifères actuels, on distingue deux grands ensembles :
- les monotrèmes ;
- les thériens.
Les monotrèmes regroupent les ornithorynques et les échidnés. Les thériens rassemblent les marsupiaux et les mammifères placentaires.
Amniotes
├── Sauropsides
└── Synapsides
└── Mammifères actuels
├── Monotrèmes
│ ├── Ornithorynque
│ └── Échidné
└── Thériens
├── Marsupiaux
└── PlacentairesNous arrivons alors au cœur de la question :
- les monotrèmes pondent des œufs ;
- les thériens ont évolué vers la viviparité : l’embryon se développe dans l’utérus de la femelle et le petit naît vivant.
Les marsupiaux (kangourou, opossum, diable de Tasmanie) ont une gestation plus courte, mais une durée de lactation allongée, souvent grâce à une poche appelée marsupium (la poche du kangourou). Chez les placentaires, le placenta assure généralement les échanges entre la mère et l’embryon pendant une gestation plus longue. Le petit naît donc souvent à un stade de développement plus avancé, même s’il existe de grandes différences d’une espèce à l’autre.
Des œufs et du lait
L’ornithorynque (comme les échidnés) a donc conservé la ponte des œufs. Ses œufs ne ressemblent toutefois pas exactement à des œufs de poule: ils sont petits, riches en membranes et entourés d’une coquille souple et parcheminée.
Chez l’ornithorynque, l’embryon commence à se développer dans l’utérus où il reçoit des nutriments de la mère. Après la ponte et une courte incubation, le petit naît dans un état très immature. Il poursuit alors sa croissance en se nourrissant du lait maternel.
La femelle ornithorynque ne possède pas de mamelons : le lait est sécrété depuis les glandes mammaires directement à la surface de plaques mammaires situées sur son abdomen. Il s’accumule dans des sillons de la peau et dans les poils, où les petits viennent le lécher : ils ne « tètent » donc pas à proprement parler.
Pour résumer
L’ornithorynque ne pond pas des œufs pour faire son intéressant : il pond des œufs parce que sa lignée a conservé un caractère ancestral de l’histoire mammalienne. Ce sont les lignées menant aux thériens, c’est-à-dire aux marsupiaux et aux placentaires, qui ont évolué vers la mise au monde de petits vivants.
